L’impossible cabane

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Photo de Miwa Yanagi

Il me parait encore plus clair que ce projet touchera une fois de plus la question du retrait, de l’exil ; du rêve absolu de s’affranchir de tout: de notre famille,travail, maison, amis, amours, nous affranchir de la société mais aussi plus largement, il s’agit en s’affranchissant du monde de quitter notre condition d’être humain.

Réinventer l’homme et le créer seul au monde.

Marguerite et Armand décident de quitter le monde. Non dans la mort, rien est à priori macabre, pourtant, c’est bien une forme de suicide que de partir en se disant qu’y revenir serait insupportable.

On y revient, malgré tout, toujours.

Je pense encore une fois à Quelqu’un va venir de Jon Fosse. L’obsession à deux de trouver un bout de terre neuf, caché et protégé de ce qui grouille au loin, le plus loin possible. C’est alors qu’immanquablement, en même temps que l’on crée la frontière, que l’on se cache à l’autre, à ce moment là, simultanément, nous créons aussi l’angoisse, l’inquiétude extrême que quelqu’un vienne; et quelqu’un immanquablement vient.

Toujours on nous rattrape.

Trouver le bout du monde, et la peur au ventre, attendre que quelqu’un vienne.

Oui, il s’agit de trouver le bout du monde.

Comme un enfant revient à sa cabane, trace la limite. Le champ et le hors-champ.

Construit au delà de ses parents, crée ses premières frontières. Décide pour la première fois ce qu’il verra et ce qu’il ne verra pas.

Un drap nous sépare. Le monde derrière ce drap.

« Toujours je reviendrai à l’enfance, toujours je me poserai cette question:

Quels ont été mes cabanes ?

Tout est si petit, si serré. Comment limiter à soi?  encore plus pres de soi ?

Comment ai-je trouvé mon espace et mon souffle ?

Aucune marge, aucune distance, uniquement du transfert.

Enfant, j’ai plus souvent été mon père.

J’ai plus souvent été ma mère dans ses colères.

Je me suis incarné dans tous ces corps qu’il me fallait comprendre.

Seulement maintenant j’en pleure. »

Ignace Ureloila

Caroline Masini me parlait durant Léonie K de la marche, de l’errance, de sa fascination aussi pour les Roads Movies ;

Maintenant je comprends. C’est la fuite qui l’intéresse, c’est le mouvement, la marche, l’allure, le personnage de dos qui devient de plus en plus petit.

C’est aussi quitter le monde mais sans chercher un autre lieu.

Mon obsession à moi est dans la maison, dans l’impossible maison, dans l’impossible cabane. Mon obsession n’est pas dans la marche elle est à l’endroit du refuge .

Je ne sais pas si la marche nous perd encore.

Je suis comme Nin :

«Je veux vivre seule dans des chambres d’hôtel inconnues.

 Perdre mon identité.

Ma mémoire.

Ma maison, mon mari et mes amants. » Nin Inceste.

CG.

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    Photos de Hellen Van Meene dans tout va disparaître

 

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