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Caroline Guiela Nguyen, Antoine Richard et Alexandre Plank ont reçu le Grand Prix de la Société des Gens de Lettre pour la pièce radiophonique
« Le Chagrin ( Julie & Vincent ) »  réalisée pour France Culture dans le cadre du Festival Radiodrama (juin 2015)
Pour écouter:

« Mon grand amour »

du 23 au 28 mai dans le cadre de Ambivalence(s) à la Comédie de Valence

La dame aux Camelias

Se souvenir de Violetta sera toujours le « fantomes » de la dame aux Camelias. J’aime les fantomes, ou du moins, je ne peux pas faire autrement que les aimer. Dailleur, c’est drole mais les gens des fois me disent « qu’est ce que tu es allé déterrer ce roman ». C’est exactement ca, je trouve ca génial! se dire que l’on a deterré ce roman: travailler avec une Histoire Morte. C’est Exactement ca.

L’idée de convoqué les morts, ou dumoins de les regarder a cet endroit où l’on sait que tout est fait, tout est déja passé. ce n’est

je pense que cette idée est génial car dans l’histoire meme de la dame aux Camelias, l’histoire est déja passé, l’histoire est Morte/ marguerite est Morte. Il ne reste que le cadavre de l’histoire/cadavre de Marguerite. c’est déja des Fantomes!

Si tu regarde bien Alice, la première partie qui va jusqu’a ce qu’Armand racconte l’histoire de marguerite, est truffé esthetiquement dramatiquement de cette sensation. Il y a un appartement vide/une vente aux enchere/un cimetière/ un hommeeffondré d’apres la bataille/ un cercueil/ une lettre passé. Tout est déjà passé, Mort. Tout est derriee, il ne reste que les vestige de l’histoire. Je trouve ca passionnant tant d’un point de vue dramatique qu’esthetique. dramatiquement, cela a de génial que Dumas pose la question (sans le savoir) de qu’est ce que c’est que la fiction, quand commence t’on a racconter? d’ou part l’histoire? c’est génial d’avoir fait ça et de ne pas avoir commencer l’histoire de facon plus classique: il était une fois un homme qui rencontre un jeune femme etc etc…

Cet endroit « d’apres la batail » est extrement sensible pour moi car il parle aussi de la MElancolie. Mélancolie de chacun d’avoir perdu quelque chose: une femme/ une histoire/ un eden/ l’enfance/la jeunesse. La mela,colie vient donc contaminé cet endroit d’apres la bataille où il n’y a plus rien, que l’ennuie, les vestige de l’histoire perdu et surtout l’attente seulement de la mort.

Cela m’apparait du coup comme d’une évidence d’avoir ce couple de personne agé avec nous.

Il y a une Phrase que je trouve tres belle qui est tiré du journal qu’a écrit Barthe quand sa mere est morte:

« Cette Incomprehensible contradiction du Souvenir et du Néant ». c’est a cet endroit que nous sommes.

Partir de Violetta

Partir de Violetta.

Face à une société que le grand chaos de la Révolution a rendue opaque et dans laquelle il ne parvient pas à se situer, l’homme romantique se tourne vers sa propre énigme ; il devient l’unique objet de son exploration. Seuls ses sensations et ses sentiments ont pour lui d’intérêt. Il se raconte et grâce à cela, se sauve.

Dumas fils, enfant de son siècle, dissèque dans La Dame aux Camélias le sentiment amoureux. Cette quête désespérée de « transcendance », rejoint une soif de spiritualité étouffée selon lui par le Siècle des Lumières. Seul l’amour peut sortir le héros de son ennui, de sa mélancolie. Si cette période me touche particulièrement, c’est qu’elle dresse le portrait d’êtres errants,détachés du monde, en quête de cet hypothétique refuge que seul proposerait l’amour.

Le retour sur soi semble symptomatique d’une rupture d’avec le monde. Or, ce retour sur soi est moins un recroquevillement sur sa propre intimité, que l’unique parade à l’assèchement progressif d’un monde dénué d’utopies. Se donnant à l’autre, l’amant romantique se réconcilie d’avec le monde.

Armand tombe follement amoureux d’une courtisane : Marguerite. Partant avec sa maîtresse à la campagne, là où il n’y aura « plus que eux », Armand se libère de sa famille et suspend ses études. Ils cherchent absolument cet aveuglement, cette fusion jusqu’à l’étouffement, jusqu’à ce resserrement ultime qui aboutira à la disparition de Marguerite. Certes, le dénouement est macabre, mais il n’en reste pas moins qu’en s’affranchissant du monde, Armand et Marguerite réinventent l’impossible : la réhabilitation d’une courtisane donc le pardon d’une femme dite « impure ». « Il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé. ».

Il n’en sera rien. Marguerite mourra. Seule et reniée de tous. Mais ce sursaut d’utopie, de délire, les ont au moins exalté dans ce »siècle qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris . » (Musset Confession d’un enfant du siècle)

 

 

Parution Tageblatt 06/04/2011

Article paru dans le quotidien National le Tageblatt le 6 Avril 2011

Se souvenir de Violetta (2011)

Télécharger la Bible de Se souvenir de Violetta

Télécharger le Dossier du spectacle

Article de presse 11 01 31 Dauphiné- Se souvenir de Violetta

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Photos de Jean Louis Fernandez

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Maquette du souvenir

Stage avec des personnes de plus de 65 ans dans le cadre des créations partagées a la Comédie de Valence.

Octobre / Novembre 2010

Télécharger le dossier Maquette du souvenir

L’appartement de la rue Vaugirard

de Christian Boltanski

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Génie du non-lieu. Air, poussière, empreinte, hantise.

De Georges Didi- Huberman

« Juste retour des cendres » écrit Derrida. Si les choses de l’art commencent souvent au rebours des choses de la vie, c’est que l‘image, mieux que tout autre chose, probablement, manifeste cet état de survivance qui n’appartient ni a la vie tout à fait, ni a la mort tout à fait, mais à un genre d’état aussi paradoxal que celui des spectres qui, sans relâche, mettent du dedans notre mémoire en mouvement. L’image serait à penser comme une cendre vivante. Déjà, Nietzsche affirmait que « notre monde tout entier est la cendre d’innombrables êtres vivants »- refusant par conséquent « de dire que la mort serait opposée à la vie ».

 » La poussière générale », le silence inhérent aux Delocazioni ne sont probablement pas à tirer du côté d’une vague « mélancolie »- à moins de comprendre, sous ce terme, l’essentielle violence qu’il recèle. Dans les grisailles de Parmigiani, « la dimension panique n’est jamais loin d’affleurer »

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Sandy S


I Will- Radiohead

I Will

Lay me down

In a bunker

Underground

I won’t let this happen to my children

Meet the real world coming out of your shell

With white elephants

Sitting ducks

I will

rise up

Little babies eyes eyes eyes eyes

Fake plastic trees- Radiohead- traduction

Son arrosoir vert en plastique
Pour sa fausse plante chinoise en caoutchouc
Dans cette fausse terre en plastique…
Qu’elle a acheté a un homme en caoutchouc
Dans une ville remplie de plans artificiels
Pour se libérer d’elle même, elle nen peut plus

Elle vit avec un homme brisé,
Un homme craquelé en polystyrène
Qui s’effrite et qui brûle
Il faisait de la chirurgie
Pour des filles de 80 ans
Mais la gravité gagne toujours et il n’en peut plus

Elle a l’air réelle,
Elle a un goût qui parait vrai,
Mon amoureuse artificielle…

Mais je ne peux pas m’empêcher d’éprouver ce sentiment
Je pourrais souffler à travers le plafond,
Si simplement je me retournais et si je courrais
Et je n’en peux plus

Si je pouvais être celui que tu désires tout le temps

Texte de Caroline Masini

Publié sur:

http://montagnemolle.blogspot.com/2010/04/recherche-pour-violetta.html

Recherche sur Violetta

Début des recherches pour Se Souvenir de Violetta, projet de Caroline Guiela pour la Compagnie Les Hommes Approximatifs, qui m’invite à y prendre part. Comme à chaque début de projets les pistes sont multiples, on peut rentrer par des tas de chemins, les pratiquer et voir ceux qui finiront par faire sens. Plusieurs cadres à penser aussi pour ce projet avec notamment la création d’un atelier avec des personnes âgées autour de la question du récit, de la fiction, de la mise en scène de soi et de son propre récit. Ce type d’expérience m’est chère et en même temps me demande toujours de replacer la question de la rencontre au cœur du travail . Et envisager des protocoles de rencontre, ce n’est pas rien! Car c’est bien là tout l’enjeu, il me semble, de ce type de démarche, la question des choses flottantes, qui avancent par strates, par à coups, par étapes de rencontre et de communication. Comment formuler sa position, ses recherches, comment inviter l’autre à y prendre part, comment entendre l’autre à son endroit et accepter aussi de s’y rendre, comment toujours faire de ce principe de déplacement le germe de la forme qui en découlera?
C’est toujours cette vigilance avec laquelle j’aime négocier dans ces projets. C’est un principe politique fondamental, à la fois de replacer l’homme et la rencontre au centre de nos systèmes de production, et, à la fois, rester à l’endroit de son propre outil. Voilà pourquoi je parle souvent d’aveu. Faire l’aveu de là où j’en suis pour créer un espace de rencontre. C’est très souvent ce qui me manque dans certaines propositions et même parfois dans les miennes, ce manque d’aveu, le défaut de faire croire que par exemple, travailler avec des personnes âgées serait déjà une proposition en soi. Et non, je ne crois pas et j’en suis même certaine. Cela ne suffit pas. Ni à créer de la rencontre, ni à créer des formes. Je pense que c’est là tout l’intérêt et le risque à prendre, accepter que ça peut ne pas fonctionner, accepter qu’il va falloir malaxer cet espace entre deux personnes qui se rencontrent, accepter que personne n’est au service de personne. Je parle de tout ça parce qu’hier j’ai vu Dale recuerdos à la Maison des Métallos et que j’en ai conclu ça: ça ne se suffit pas en soi.
Malgré la sincère émotion reçue des personnes présentes sur scène, malgré la beauté des récits, cela ne suffit pas à saisir cet aveu dont je parlais plus haut, cela ne suffit pas à nous parler de formes, à nous parler d’une rencontre singulière, entre ces personnes et la scène. Comme si cela était évident. Mais non il n’y a aucune évidence à cela! et c’est bien ça qui est beau! et c’est pour ça qu’il faut travailler la scène comme l’espace de cette rencontre, avec ses balbutiements, ses hésitations, et toute la beauté singulière que cela implique.

Publié par CAROLINE MASINI à l’adresse 16:46

La chambre

La chambre de mon enfance

est obscure, un cagibi encombré.

Ce n’est pas vrai que la chambre de notre enfance

reste ensoleillée et lumineuse dans notre mémoire.

Ce n’est que les maniérismes de la convention littéraire

Qu’elle se présente ainsi.

Il s’agit d’une chambre MORTE

et d’une chambre des MORTS

C’est en vain que nous essaierons d’y mettre de l’ordre:

elle mourra toujours.

Cependant si nous arrivons à en extraire des fragmentss,

fussent-ils infimes,

un morceau de Divan,

la fenêtre, et au-delà la route qui se perd tout au fond,

un rayon de soleil sur le plancher,

les bottes jaunes de ton père,

les pleurs de maman,

et le visage de quelqu’un derrière la vitre de la fenêtre-

il est possible alors que notre véritable CHAMBRE d’enfant

commence à se mettre en place,

et peut-être arriverons-nous ainsi à accumuler des éléments

pour construire

notre spectacle!

Le théâtre de la mort. T. Kantor.

les minijusticiers – superfrileux (cliquez ici)

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Une histoire commence parce qu’une autre se termine.

Elle commence par un écroulement de ce qui a été.

Pierre Duba, Racines.

Quelqu’un va venir/ Jon Fosse/ Pierre Duba

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Extrait de la BD de Pierre Duba  Quelqu’un va venir d’après le texte de  Jon Fosse.

Elle

gaiement

Maintenant nous serons bientôt dans notre maison

Lui

Notre maison

Elle

Une belle et vieille maison

Loin des autres maisons

et des autres gens

Lui

Toi et moi seuls

Elle

Pas simplement seuls

Mais seuls ensemble

Elle lève les yeux vers son visage

Notre maison

Dans cette maison nous serons ensemble

toi et moi

seuls ensemble

Lui

Et alors personne ne viendra

ils s’arrêtent, regardent la maison

Elle

Maintenant nous sommes arrivés prés de notre maison

Lui

Et c’est une jolie maison

L’impossible cabane

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Photo de Miwa Yanagi

Il me parait encore plus clair que ce projet touchera une fois de plus la question du retrait, de l’exil ; du rêve absolu de s’affranchir de tout: de notre famille,travail, maison, amis, amours, nous affranchir de la société mais aussi plus largement, il s’agit en s’affranchissant du monde de quitter notre condition d’être humain.

Réinventer l’homme et le créer seul au monde.

Marguerite et Armand décident de quitter le monde. Non dans la mort, rien est à priori macabre, pourtant, c’est bien une forme de suicide que de partir en se disant qu’y revenir serait insupportable.

On y revient, malgré tout, toujours.

Je pense encore une fois à Quelqu’un va venir de Jon Fosse. L’obsession à deux de trouver un bout de terre neuf, caché et protégé de ce qui grouille au loin, le plus loin possible. C’est alors qu’immanquablement, en même temps que l’on crée la frontière, que l’on se cache à l’autre, à ce moment là, simultanément, nous créons aussi l’angoisse, l’inquiétude extrême que quelqu’un vienne; et quelqu’un immanquablement vient.

Toujours on nous rattrape.

Trouver le bout du monde, et la peur au ventre, attendre que quelqu’un vienne.

Oui, il s’agit de trouver le bout du monde.

Comme un enfant revient à sa cabane, trace la limite. Le champ et le hors-champ.

Construit au delà de ses parents, crée ses premières frontières. Décide pour la première fois ce qu’il verra et ce qu’il ne verra pas.

Un drap nous sépare. Le monde derrière ce drap.

« Toujours je reviendrai à l’enfance, toujours je me poserai cette question:

Quels ont été mes cabanes ?

Tout est si petit, si serré. Comment limiter à soi?  encore plus pres de soi ?

Comment ai-je trouvé mon espace et mon souffle ?

Aucune marge, aucune distance, uniquement du transfert.

Enfant, j’ai plus souvent été mon père.

J’ai plus souvent été ma mère dans ses colères.

Je me suis incarné dans tous ces corps qu’il me fallait comprendre.

Seulement maintenant j’en pleure. »

Ignace Ureloila

Caroline Masini me parlait durant Léonie K de la marche, de l’errance, de sa fascination aussi pour les Roads Movies ;

Maintenant je comprends. C’est la fuite qui l’intéresse, c’est le mouvement, la marche, l’allure, le personnage de dos qui devient de plus en plus petit.

C’est aussi quitter le monde mais sans chercher un autre lieu.

Mon obsession à moi est dans la maison, dans l’impossible maison, dans l’impossible cabane. Mon obsession n’est pas dans la marche elle est à l’endroit du refuge .

Je ne sais pas si la marche nous perd encore.

Je suis comme Nin :

«Je veux vivre seule dans des chambres d’hôtel inconnues.

 Perdre mon identité.

Ma mémoire.

Ma maison, mon mari et mes amants. » Nin Inceste.

CG.

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    Photos de Hellen Van Meene dans tout va disparaître

 

Question: De quoi avez vous peur?

Réponse: J’ai peur de tout.

 Interview de Sarah Moon.

Violetta?

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Violetta?

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Sarah Moon

Fragments d’un monde flottant

de Gilles Altieri

Les images à la beauté rêveuse et mélancolique se transmuent en vision inquiétantes et oppressantes, surgissement d’un monde clos dans lequel le temps s’est figé comme sous l’emprise d’un sommeil narcotique; le doute et l’incertitude s’installe alors dans l’esprit du visiteur qui insidieusement conduit à remettre en cause la réalité de ce qui est offert à la vue.

Le refus de capter/ d’affronter le regard du modèle, lorsqu’on l’associe aux autres paramètres observables de son travail révèle le désir, ou le besoin, de réifier le vivant.

Aux visions pétrifiées et dévitalisées de Sarah Moon pourraient s’appliquer ces quelques lignes empruntées à Thomas de Quincey dans l’éloge qu’il fait de l’opium: » Tu édifies avec les coeurs de l’obscurité, avec des fantasmes du cerveau, des villes et des temples bien plus sublimes que l’art Phidias et de praxilète, que la pompe de Babylone et de la Thèbe aux cent portes et de l’anarchie du sommeil et des songes, tu évoques des ensevelis, des visages doux et familiers que n’ont pas altérés les misères de la tombe« .

Cet univers issu des songes, à la beauté étrange et au parfum narcotique est peuplé d’animaux inquiétant dont on ne sait s’ils sont vivants ou naturalisés, sauriens , tortue géante, éléphant grotesque, marabou solitaire, dindon porté par une femme hurlante…, image que l’on peut rapprocher d’autres visons de l’opiomane anglais lorsqu’il évoque la pétrification du rêveur sous narcose, écoeuré mais captif de son enchantement, victime « des baisers cancéreux de crocodiles ». Ernst Junger, dans son essai « drogues et ivresses » rapporte aussi les vers profétique et hallucinés d’Anette Von Droste, poétesse contemporaine de Thomas de Quincey  » sur la dalle d’ardoise, j’aperçois des méduses, elles semblaient encore tendre leur tentacules, quand elles furent jetées loin du sein de la mer, et que les monts tombèrent pour les écraser. Le monde ancien est à coup sure passé, et moi, pétrifiée, os de mammouth en lui!…et mon songe reprit autrement son essor; je fut transformée en momie, poussière mon linceul, mon visage de cendre, et le scarabée même fut present ici« .

[Dans le catalogue de l’exposition Sarah Moon, Toulon, 2003.]

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Photos de Sarah Moon.

Voix sans paroles

Très tôt j’ai remarqué dans la littérature cette voix qui était là mais qui, paradoxalement, ne disait rien elle-même. Ce qui est étrange, c’est que, de la bonne littérature écrite, montait une voix qui n’était pas orale, qui ne disait rien de précis, qui était là, seulement, comme quelque chose que l’on pouvait entendre, comme une parole sans paroles qui venait de loin.

Et alors, ce qui m’a frappé, c’est que cette voix était précisément liée à l’écriture. Et c’est pourquoi je l’appelle la voix de l’écriture.

Pour moi, l’art fut donc lié à cette voix presque inhumaine dans sa parole modeste. Et ce qui est paradoxal et étrange, c’est que cette voix est là, et qu’elle ne dit rien. C’est une voix muette. Une voix qui parle en se taisant. Il s’agit d’une voix qui, en quelque sorte, vient de tout ce qui n’est pas dit, c’est une voix qui vient du silence et qui devient audible par moments à travers ce que disent les autres, le narrateur et les personnages d’un roman, par exemple, ou les personnages d’une pièce de théâtre.

Une partie de mon aversion pour le théâtre était sans doute liée au fait que le théâtre ne me paraissait offrir que de la culture, et non pas de l’art. Le théâtre ne proposait qu’un espace pour ce qui, à mes yeux, n’était qu’une manifestation culturelle assez pénible.
Aucune voix, comme celle dont je parle, ne s’y faisait entendre.Ou presque jamais une telle voix ne s’y faisait entendre

… le plus souvent, lorsque j’allais au théâtre, je n’y trouvais qu’un consensus culturel, du bavardage sur des sujets dont il était également question dans les journaux et à la télévision, ou alors des inventions formelles d’un modernisme vain.

Je devais le plus rapidement possible m’échapper de ce poisseux consensus culturel qui menaçait de manière aiguë de m’ôter tout courage de vivre.

Et pourtant, j’avais eu l’expérience d’un théâtre capable de franchir la distance qui sépare la culture de l’art – et lorsque le théâtre devenait de l’art, il le devenait pour de bon. Cette expérience, je l’avais eue. Et lorsque cela se produisait, on rencontrait quelque chose, une voix silencieuse bien singulière que l’on n’avait jamais rencontrée auparavant. On était véritablement marqué par une voix muette, et la vie, à la suite de la rencontre avec cette voix, n’était plus comme avant.

Traduit du norvégien par Terje Sinding

Jon Fosse


Ce texte a été publié dans le programme de Nammet (le Nom), pièce créée le 27 mai 1995 à la Nationale Scene de Bergen.

En sortant du spectacle d’Yves-Noël Genod

Il y a toujours le rebond, l’écho de ce qui vient d’être tenté, maladroitement, magnifiquement. La mélancolie se loge à ce moment-là, à cet instant-là, celui juste après, ce deuxième son sourd, qui se dépose sur du vide.

Tristesse et tendresse.

C’est peut-être l’instant de la mort. C’est peut-être l’instant de nos morts. Je ne sais pas. Je sais seulement qu’il m’angoisse en même temps qu’il m’enveloppe. Me déterre. Moi aussi. Me rappelle à mon souffle. Oui, à cet instant je suis devant ce qui meurt. Aucun cri, juste du coton.

Solitude et Silence.

L’errance.

Juste la solitude et ce qu’elle a de beau quand elle n’est pas une résignation.

Alors dans cet interstice, les chevaux reviennent. Je me rappelle à ce souvenir d’enfance, à ce qu’il a de cruel et de muet. Je me rappelle à ces scènes qui n’ont plus de voix. Juste une existence sublimée dans nos souvenirs déformés. Je me rappelle à ces souvenirs qui ne sont rien que des tableaux qui tremblent. Je me souviens qu’à l’époque, déjà, je savais que j’allais mourir.

Encore une fois, dans cet inter-temps: le souvenir et le néant.

CG.

“Rien n’est beau. Rien n’est gai. Rien n’est propre. Rien n’est riche. Rien n’est clair. Rien n’est agréable. Rien ne sent bon. Rien n’est joli.”

Yves Noel Genod à la Ménagerie de Verre, festival Etrange Cargo les 10,11, 12 Mars.

Proust

Cette incomprehensible contradiction du souvenir et du néant.

Proust, A la recherche du temps perdu.

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Photo Maison Martin Margiela

Déterrer!

Se souvenir de Violetta sera toujours le « fantôme » de la dame aux Camelias. J’aime les fantômes, ou du moins, je ne peux pas faire autrement que les aimer. Aujourd’hui quelqu’un m’a dit « qu’est ce que tu es allé déterrer ce roman ». C’est exactement ca, je trouve ca génial! se dire que l’on a deterré ce roman: travailler avec une Histoire Morte. C’est Exactement ca.

Tout est fait, tout est déja passé: l’histoire est Morte/ Marguerite est Morte. Il ne reste que le cadavre de l’histoire/cadavre de Marguerite.

Encore cet endroit « d’apres la bataille » comme dans Andromaque.

Encore cet endroit de la Melancolie. Mélancolie d’avoir perdu quelque chose: une Femme/ un Amour/un Eden/ l’Enfance/la Jeunesse. Il n’y a rien.

Au sol les vestiges de l’histoire et l’attente, surtout l’attente de la mort.

Il y a une Phrase que je trouve tres belle: c’est Barthe qui la cite dans son journal qu’il a écrit au deces de sa mère, elle est de Proust:

« Cette Incomprehensible contradiction du Souvenir et du Néant ». c’est a cet endroit que nous sommes.

CG.

Le Bal d'Emma Juin 2012

Le Bal d’Emma Juin 2012 – Crédit Jean Louis Fernandez

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