Partir de Violetta.

Face à une société que le grand chaos de la Révolution a rendue opaque et dans laquelle il ne parvient pas à se situer, l’homme romantique se tourne vers sa propre énigme ; il devient l’unique objet de son exploration. Seuls ses sensations et ses sentiments ont pour lui d’intérêt. Il se raconte et grâce à cela, se sauve.

Dumas fils, enfant de son siècle, dissèque dans La Dame aux Camélias le sentiment amoureux. Cette quête désespérée de « transcendance », rejoint une soif de spiritualité étouffée selon lui par le Siècle des Lumières. Seul l’amour peut sortir le héros de son ennui, de sa mélancolie. Si cette période me touche particulièrement, c’est qu’elle dresse le portrait d’êtres errants,détachés du monde, en quête de cet hypothétique refuge que seul proposerait l’amour.

Le retour sur soi semble symptomatique d’une rupture d’avec le monde. Or, ce retour sur soi est moins un recroquevillement sur sa propre intimité, que l’unique parade à l’assèchement progressif d’un monde dénué d’utopies. Se donnant à l’autre, l’amant romantique se réconcilie d’avec le monde.

Armand tombe follement amoureux d’une courtisane : Marguerite. Partant avec sa maîtresse à la campagne, là où il n’y aura « plus que eux », Armand se libère de sa famille et suspend ses études. Ils cherchent absolument cet aveuglement, cette fusion jusqu’à l’étouffement, jusqu’à ce resserrement ultime qui aboutira à la disparition de Marguerite. Certes, le dénouement est macabre, mais il n’en reste pas moins qu’en s’affranchissant du monde, Armand et Marguerite réinventent l’impossible : la réhabilitation d’une courtisane donc le pardon d’une femme dite « impure ». « Il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé. ».

Il n’en sera rien. Marguerite mourra. Seule et reniée de tous. Mais ce sursaut d’utopie, de délire, les ont au moins exalté dans ce »siècle qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris . » (Musset Confession d’un enfant du siècle)